Chapitre 4

La nuit commençait aussi à tomber sur Morteville. Dans son fauteuil, Noémie, le chat sur les genoux, regardait les dernières lueurs du jour par la fenêtre. Les montagnes devenaient de grands spectres sombres qui entouraient le village et semblaient protéger les habitants. Semblaient seulement car la réalité était toute autre. Quelques flocons virevoltaient dans le vent du soir, qui devait être glacé. En y pensant, Noémie frissonna et regarda le poêle. Elle voulu se lever mais le chat s’agrippa et elle sentit les griffes se refermer sur ses cuisses. Elle le souleva doucement et le remit à sa place une fois levée.

Devant la fenêtre, Noémie se demandait ce qu’il se passait dehors. Sous ce calme apparent, où la neige recouvrait toujours le sol. Elle essuya le carreau avec sa manche et s’approcha pour bien y voir. Tout était silencieux. Pas âme qui vive. Elle percevait le bêlement des moutons au loin, provenant de la bergerie. C’était effrayant. On aurait dit des cris d’enfants ou des pleurs de bébés. Elle ouvrit le fenêtre et se pencha pour fermer les volets mais quand elle essaya d’en attraper un, elle sentit comme une main glacée lui toucher la sienne. Elle la retira aussitôt en poussant un cri.

« Pardonnez-moi madame, je ne voulait pas vous effrayer. »

L’homme se tenait devant elle. Elle faillit l’insulter pour lui avoir fait peur mais se retint. Elle reconnu le berger qu’elle avait déjà croisé le jour de son arrivée. Et puis elle se dit qu’une démonstration d’hostilité de sa part n’arrangerait rien. Elle ne voulait se mettre personne à dos. Elle avait déjà trouvé un cadavre, elle ne voulait pas en rajouter. Elle avait peur qu’on l’accuse de porter la poisse.

« Eh bien, ce n’est pas réussit !

- Je sais qu’il est tard mais je passais par là et j’ai entendu la fenêtre s’ouvrir alors je me suis dis : pourquoi ne pas aller prendre des nouvelles, après ce qui s’est passé ce matin ! Apparemment, ce n’était pas une bonne idée… »

Elle vit qu’il avait l’air frigorifié alors elle se dit qu’il n’était pas trop tard pour lui offrir quelque chose à boire. Il entra volontiers. Il regarda autour de lui.

« C’est une belle maison que vous avez là ! Familiale ?

- Pas du tout. Je l’ai louée… par une connaissance. « 

Elle ne savait pas quoi inventer. C’était quand même pas trop loin de la vérité.

« On ne vient pas ici par hasard… Je veux dire, vous avez du remarquer qu’il n’était pas facile d’arriver jusqu’ici… Il faut savoir où l’on va. »

Il se dirigea vers le salon où sur le fauteuil, le chat dormait toujours. Il leva la tête à l’arrivée de l’étranger et commença à miauler. Il se leva et hérissa ses poils du dos.

« On dirait que votre chat ne m’aime pas beaucoup.

-Ce n’est pas le mien. Il est entré par hasard. Le froid sans doute. »

Un peu comme vous, pensa-t-elle.

Mais le chat se mit à souffler et descendit brusquement du fauteuil pour disparaitre dans une autre pièce.

« Il n’aime pas les visites tardives on dirait. Je ne me suis pas présenté : Hugo, je suis berger comme vous l’avez constaté.

- Moi c’est Noémie. Je viens de Bordeaux pour passer quelques jours au calme.

- Vous avez bien choisi votre endroit. Ne croyez pas que l’on trouve des cadavres tous les jours par ici.

- Comme vous l’avez si bien dit tout à l’heure, je ne suis pas là par hasard. J’étais déjà venue il y a très longtemps. Cette maison appartient à l’un de mes amis. Mais lui-même ne vient jamais alors je doute que vous le connaissiez. Il l’a achetée il y a peu de temps. Il travaille dans l’immobilier et achète des maisons pour les louer. La plupart du temps, il n’y va pas, même pour les voir. Quant au mort, je ne le connaissais pas. Et j’en ai vu…. d’autres… enfin…je crois que je vais m’en remettre… « 

Elle espérait que son mensonge allait passer. Simon n’insista pas sur le sujet à son grand soulagement. Elle ne voulait pas s’embourber dans des explications qui finiraient par ne plus avoir ni queue ni tête. Elle aurait été obligée d’inventer un nom d’ami et ça…

Noémie lui servit une tasse de café et s’en servit une à son tour, tout en sachant qu’elle ne fermerait pas l’œil de la nuit. Ils discutèrent très tard dans la nuit. Ils parlèrent de la pluie et du beau temps, il lui raconta quelques anecdotes sur le  village et vers minuit et demie, après plusieurs tasses englouties, il songea à rentrer chez lui. Il devait se lever tôt pour s’occuper de ses brebis. Noémie le raccompagna sur le palier et le vit s’éloigner dans le froid. Elle crut le voir disparaître au bout de la rue mais se dit que la fatigue devait lui donner des hallucinations.

Avant de rentrer, elle regarda le ciel. La lune était dégagée et pleine. Mauvais présage que la pleine-lune pensa-t-elle. Mais rien ne se passa cette nuit-là. Contrairement à ce qu’elle croyait, elle dormit profondément jusqu’au matin. Elle entendit la cloche sonner huit heures. Elle se leva.

Chapitre 3

J’ai mal à la tête. Je ne vois plus rien. Elle n’est pas la bienvenue ici. Pourquoi est-elle venue ? Mes pensées se brouillent, je sens que je vais partir. Il ne faut pas. Je ne dois pas avoir peur. Elle n’est rien. Elle ne peut rien contre nous. On est plus fort.

La gendarmerie était sur place. Noémie les avait appelés aussitôt le cadavre mis à jour. Elle était en ce moment même interrogée comme premier témoin. Elle devait faire attention à ce qu’elle allait dire pour ne pas éveiller le moindre soupçon sur les motifs de sa présence ici, qui devaient rester inconnus. Elle essayait de faire comprendre à l’enquêteur qui notait ses moindres mots, qu’en fait, elle n’était témoin de rien du tout. Quand elle était entrée dans le bureau de poste, il n’y avait personne, ça, elle en était sûre. Elle n’avait pas non -plus entendu le moindre bruit. L’homme était déjà mort à son arrivée, peut-être même était-il allongé là depuis la veille.

« Connaissait-elle la victime ? Était-elle arrivée depuis longtemps dans le village ? Où avait-elle trouvée la maison dans laquelle elle habitait ? Comment connaissait-elle Morteville ? Connaissait-elle quelqu’un ici ?  » Autant de questions qui l’agaçaient et dont elle inventait pour la plupart, des réponses qui se limitaient à « oui » ou « non ».

Pour tout le monde, elle était là pour se reposer après une longue dépression. Elle voyait une interrogation dans le regard de l’enquêteur et elle pouvait lire sur son visage quel n’était pas son étonnement pour une ancienne dépressive de venir se « changer les idées » dans un village inconnu de tous, isolé, peu avenant au premier abord. Si elle avait voulu replonger dans ses idées suicidaires, elle n’aurait pas trouvé meilleur endroit. Mais elle persista dans cette version. Elle aimait la solitude et pour elle une ville touristique toujours en mouvement ferait sa perte psychologique.

Quelques instants plus tard, le corps fut enlevé et emmené à la morgue de la ville la plus proche. Il serait gardé bien au frais en attendant que l’enquête donne des résultats.

Noémie, quant-à-elle, quitta les lieux à son tour pour se mettre bien au chaud. Elle retrouva ses esprits prés de la chaleur du poêle. Elle contacterait plus tard Angus pour lui raconter la petit histoire. Il serait sans doute satisfait de ses prévisions.

Elle prit son cahier de notes et inscrivit tout ce qui s’était passé depuis ce matin. Elle n’omit aucun détail allant même jusqu’à faire un croquis de la position du corps de la victime avec sa blessure au cou. Elle entendit soudain comme un grattement. Elle s’arrêta net et écouta à nouveau. Le grattement persistait. Elle se leva et se dirigea vers ce bruit léger mais incessant. Il la conduisit vers une des fenêtres de la  cuisine. Elle aperçut alors une grosse boule de poils qui appuyait sa patte sur le carreau. Rassurée, elle ouvrit la fenêtre et le chat, sans se faire prier, sauta sur l’évier et bondit sur le carrelage sombre. Il vint se frotter aux jambes de Noémie au miaulant.

« Eh bien, mon petit, en voilà des façons… Vient là. « 

Elle prit le matou dans ses bras et il ronronna de plus belle, frottant sa tête sous le menton de la jeune femme en le poussant. Puis il la poussa de ses pattes afin de retomber sur le sol. Il miaulait sans la quitter de yeux.

« J’ai compris, tu as faim. Viens par là. »

Elle prit un bol dans le placard et le remplit de lait. Le chat se jeta dessus comme s’il n’avait pas mangé depuis des jours. Le bol fut vidé en quelques secondes. Il la supplia du regard en espérant en avoir d’autre mais Noémie ne céda pas. « Tu en auras plus tard. Tu vas être malade. » Voyant que ses supplications n’avaient aucun succès sur son hôte, il alla dans le salon et s’installa sur le premier fauteuil venu. Il se roula un moment et quand il eut trouvé une position confortable, il s’endormit.

Pendant ce temps, loin d’ici, Angus de la Forges observait une corneille de sa fenêtre. La pluie éclaboussait la vitre embuée. De gros nuages sombres s’amoncelaient au-dessus des toits mouillés de Bordeaux. La Garonne était grise et triste en ce jour d’hiver. Il n’avait pas encore neigé cette année. Tant mieux car Angus n’aimait pas la neige. Il préférait la pluie et le froid glacial de décembre. La corneille était toujours là. Elle le regardait comme si elle attendait quelque chose de sa part. Angus ouvrit la fenêtre et laissa entrer l’oiseau. Mauvais présage dirait certain. Angus n’était pas superstitieux. Pour lui, un animal, quel qu’il soit, ne pouvait pas porter malheur. Seul l’être humain en était capable. La corneille posée sur un dossier de chaise, attendait patiemment. Nul ne savait quoi mais c’était ainsi. Angus lui caressait le dos. Elle ne bougeait pas.

La pluie se transforma en grêle et un bruit assourdissant frappa contre les carreaux. Le déluge dura quelques instants et bientôt, le soleil fit son apparition mais cela non-plus ne dura pas. D’autres nuages arrivèrent, poussés par le vent et tout redevint sombre et triste.

Il remit un bûche dans le feu avant que celui-ci ne s’éteigne. Il regarda les photos encadrées qui trônaient entre des vases et des bibelots de toutes sortes sur la cheminée. Il prit un des cadres et le regarda attentivement. C’était une photo de lui, avec Noémie à ses côtés. Noémie et lui se connaissaient depuis si longtemps. Il était sûr qu’ils s’étaient déjà rencontrés dans une autre vie.

La nuit commençait à tomber et les lumières de la ville illuminaient la Garonne. Les rues se vidaient peu à peu et pour Angus, la vie allait commencer.

123

J'attends donc je lis |
Lucyparmentier |
Fan2poesie |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Grainesdelivres
| Cabasvanbru
| F é l i n e H a r f a...