Chapitre 1
6 avril, 2013 @ 3:56 littérature

Décembre. La neige recouvrait la route escarpée qui menait à Morteville. Noémie avait quitté Bordeaux sous la pluie et maintenant de gros flocons tournoyaient devant elle avant de s’écraser sur son pare-brise, aussitôt effacés par les essuie-glace.

Les arbres dénudés semblaient se courber sous le poids du manteau blanc et menaçaient le premier inconscient qui tenterait de pratiquer cette route, en essayant de l’ agripper avec leurs bras décharnés.

Noémie devait faire partie de ces gens qui aimaient la solitude au point de venir la chercher dans les montagnes les plus isolées des Pyrénées et dans un village déserté de surcroît depuis des années. Même le panneau indiquant son nom avait disparu du paysage. Elle défiait quiconque ne le connaissant pas, d’y venir sans problème. Même sur son GPS, il n’était pas indiqué. Comme si Morteville avait été effacé de toutes les cartes suite à un tremblement de terre ou une quelconque catastrophe. Et pourtant, il y en avait eu des séismes non loin de là et le village était resté debout. Mais, pour le commun des mortels, Morteville n’existait pas.

En arrivant, on voyait le fier clocher qui touchait le ciel et qui disparaissait derrière les toits à mesure que l’on avançait sur la route. La cloche sonnait encore toutes les heures et marquait d’un gongue les demies heures. Noémie se souvint quand elle était petite, s’être empêcher de dormir pour pouvoir entendre la cloche d’heure en heure le plus loin possible dans la matinée.

Mais au fil des jours, l’habitude prenait le dessus et on ne faisait plus attention au rappel du temps qui passe.

Mais à Morteville, le temps passait lentement. On y vivait au ralenti. Le paysage était figé, sans doute à cause du froid de l’hiver qui semblait ne jamais vouloir laisser la place au printemps. Cet hiver qui n’en finissait pas et qui cloîtrait le peu d’habitants qui vivaient encore ici dans leurs vieilles demeures de pierres. On apercevait, des fenêtres éclairées çà et là, la moitié des habitations étant vides de leurs âmes, mortes pour la plupart et parties pour les autres.

Il ne restait plus qu’un berger à Morteville. Venant de la bergerie, on entendait ses brebis bêler dans le froid de décembre. Les loups que l’on entendait hurler au loin dans les bois à flancs de montagnes les faisaient trembler. Elles les avaient déjà côtoyés de près l’hiver dernier, quand ils avaient franchi le mur de pierres pour entrer dans la bergerie et en tuer quelques-unes. Elles avaient peur depuis et tremblaient.

Noémie aussi tremblait, non à cause des loups mais il faisait si froid. Jamais elle n’avait ressenti un froid aussi prononcé, même au cœur de l’hiver. Il transperçait son manteau et les diverses couches de pull-over.

Elle se trouvait sur la place du village. Une cabine téléphonique qui ne fonctionnait probablement pas vue son état. Une petit épicerie pas plus grande qu’une salle de bain, un bureau de Poste et un bar- tabac.

Elle avait laissé sa voiture sur la place près de la cabine et se dirigeait à grands pas vers la maison. Elle faisait face à l’église dans une petite rue plus loin. Sinistre ruelle en vérité, vierge de tout pas, Noémie fut la première à fouler le tapis de neige. Elle se faisait légère pour ne pas trop abîmer cette blancheur immaculée mais en vain. Ses bagages l’alourdissaient et au final, ses après-ski s’enfonçaient jusqu’aux chevilles laissant des empreintes d’ogre derrière elle. Elle ne croisa pas un chat durant son parcourt. Le froid retenait les gens chez eux, près du poêle et de la cheminée. Il tardait à Noémie d’en faire autant. Elle avait les doigts gelés malgré les gants de laine qu’elle avait achetés avant de partir. Ils lui avaient pourtant parus chauds et épais mais c’était sans compter sur le froid polaire qui régnait ici. Les nuages gris étaient bas et le vent s’engouffrait dans les ruelles mais les flocons ne tombaient plus. Les tuiles sifflaient et dans ce silence hivernal, on aurait pu croire qu’une meute de loups se préparait à descendre au village pour se ravitailler.

-Seyverine
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