Chapitre 2

« Mais que vient-elle faire ici, celle-là… comme si on avait pas assez d’ennuis comme ça…..

- Ne t’inquiète pas. Elle ne restera pas longtemps dans le coin.

- Et si tu te trompes ?

- Je m’occuperai d’elle…

- Tu en es sûr ?

- Absolument sûr. »

Noémie, malgré le froid, avait ouvert toutes les fenêtre de la vieille bâtisse. Des odeurs de moisissures et de poussière l’avaient prise à la gorge en entrant. Il devait y avoir un bout de temps que personne n’avait franchit cette porte.

Dans le salon, elle alluma le vieux poste de télévision.  Il fonctionnait mais pas en haute définition évidemment. L’image était médiocre et le son pas très net. Peu importe, elle n’était pas venue pour passer son temps devant la lucarne. De toute façon, elle avait emporté un lecteur MP3 et elle pourrait écouter les nouvelles dans sa petite radio qu’elle avait toujours dans son sac.

 Elle avait trouvé un petit radiateur électrique et l’avait branché dans la chambre qu’elle avait choisie d’occuper. Elle avait prise la moins grande pour garder le plus possible de chaleur. Elle réussit à ranger tous ses vêtement dans la grande armoire à côté du lit qui était surmonté d’un édredon poussiéreux qui avait fait éternuer la jeune femme à plusieurs reprises, si bien qu’elle avait du s’en débarrasser au grenier. Le planché grinçait à chacun de ses pas. Sinistre.

La nuit commençait à descendre sur les montagnes qu’elle pouvait voir du premier étage, au-dessus des toits enneigés. Le vent soufflait un peu plus fort qu’à son arrivée et les branches nues se balançaient faisant tomber le neige qui les recouvrait. Elle respira une dernière bouffée d’air glacé avant de refermer les fenêtre. Les odeurs de renfermé n’avait pas totalement disparue mais était devenue plus supportable. Elle finirait probablement par s’y habituer se dit-elle.

Dehors, il n’y avait pas âmes qui vivent. La ruelle était déserte et la neige recommençait à tomber. Un chat passa devant la fenêtre et déguerpit aussitôt, pris d’une soudaine peur invisible. Des chiens aboyaient au loin, et tout semblait figé par le froid. Sinistre village pensa Noémie. Elle frissonna en mettant une casserole d’eau à bouillir sur la vieille gazinière. Elle avait amené des bouillons cubes au cas où elle n’aurait pas le temps d’acheter de vrais légumes en arrivant. Il devait sans doute y avoir un marché par ici et elle se renseignerait dès demain.

Trois coups à la porte d’entrée. Emmitouflée dans les couvertures, Noémie se retourna dans son lit. Elle s’était couchée vers vingt-deux heures trente et commençait à partir au pays des rêves. Elle se dressa sur son coude. Avait-on frappé à la porte ou bien était-ce dans son imagination ? Les coups retentirent à nouveau. Trois. Elle se leva, enfila sa robe de chambre et descendit l’escalier en titubant, à moitié endormie. En passant devant la vieille pendule, elle vit qu’il n’était pas tout-à-fait minuit. Qui diable venait la voir à cette heure du soir ? Arrivée à la porte, elle donna un tour de clé et ouvrit prudemment. Un vent glacé entra brusquement et des frissons lui remontèrent le long des jambes. La neige tombait toujours. Il n’y avait personne sur le palier. Elle passa la tête dans l’embrasure de la porte afin de regarder dans la ruelle. Tout était calme et désert. Pas un chat, rien. Elle remarqua qu’il n’y avait aucune trace sur la neige. Si quelqu’un avait frappé, il y aurait des empreintes de pas sur la marche. Elle avait du rêver mais pourtant elle était sûre d’avoir entendu les coups à la porte. Elle sortit et se retrouva dans la ruelle. La neige était vierge. Tout juste tombée. Seuls, ses pas à elle abîmaient la blancheur immaculée. Elle retourna dans la maison et referma la porte à clé. Elle était complètement gelée. Elle se précipita devant le vieux poêle dans la cuisine pour se réchauffer quelques minutes avant de remonter dans sa chambre. En repassant devant la vieille pendule, elle constata que seulement dix minutes s’étaient écoulées.

Noémie fut réveillée par des tintements de clochettes venant de la ruelle. Elle entendit aussi une voix masculine donner des ordres secs. Elle se leva et ouvrit la fenêtre. D’en-haut, elle vit le troupeau de moutons, suivi de son berger flanqué d’un petit chien noir et blanc qui donnait des coups de dents aux pattes arrières des bêtes, les faisant bêler de plus belle. Elle ne connaissait rien à l’élevage des moutons mais elle s’étonna de les voir quitter la bergerie en plein hiver. Ils n’étaient pas tondus et ne devaient pas avoir froid sous leur masse de manteaux laineux. Le berger leva la tête et fit un signe de la main à Noémie pour la saluer. Elle fit de même. Quand ils eurent disparus au détours d’une grange, elle referma la fenêtre et se décida à prendre une douche, sans entrain car le thermomètre de la salle de bain affichait 15 °. Elle fit couler l’eau chaude un moment pour réchauffer la pièce et se fut la douche la plus courte et rapide qu’elle n’eut jamais prise de sa vie et probablement pas la dernière tant qu’elle vivra ici. A peine deux minutes avant de se trouver devant le petit radiateur de sa chambre, entourée d’une serviette. Un café et quelques biscottes beurrées finirent de la mettre en forme, prête à affronter le froid cinglant qui régnait dans ce paysage montagneux. Le temps était gris et brumeux et Noémie se demanda si un jour, le soleil ferait surface dans ce village perdu et sinistre.

La cloche de l’église sonna neuf heures quand Noémie sortit de la maison. Vêtue d’un pantalon épais et d’un anorak, elle sentait le froid la transpercer. Son bonnet enfoncé jusqu’aux oreilles, elle traversa la ruelle et se rendit sur la place où elle avait remarqué un bureau de poste. Elle y entra.

Il n’y avait personne. Elle attendit un moment. Pas un bruit. Le postier devait être à l’arrière boutique en train de trier le courrier. Il ne devait pourtant pas y avoir tant de courrier que ça qui arrivait jusqu’ici. Elle en profita pour parcourir les cartes postales se trouvant sur un socle tournant. On n’aurait pas cru qu’elles puissent représenter le coin. On y voyait des rivières entourées de verdure, des troupeaux de vaches au bord du gave, des fleurs au bord d’un lac, des isards prêts à bondir sur des rochers et une marmotte, le nez en l’air, entourée de sa progéniture.

De nature curieuse, Noémie, n’entendant toujours rien, fit le tour du guichet en appelant . La porte de derrière, donnant probablement dans une réserve, était entrouverte. Elle y passa la tête et fut saisie d’un haut-le-cœur incontrôlable et pourtant coutumier. L’homme était allongé sur le sol, la tête en arrière, les yeux dans le vide. Noémie s’approcha et se pencha sur le cadavre. Il n’y avait aucun trace de sang. Ni sur lui, ni sur le sol. Elle reconnaissait trop bien cette scène de crime, ce n’était pas le premier qu’elle voyait. A ce moment, elle fut certaine qu’elle était au bon endroit. Les vacances étaient bien terminées. Elle allait devoir se remettre au travail et vite. Avant que les cadavres ne viennent troubler ce paisible village sans histoire.

Chapitre 1

Décembre. La neige recouvrait la route escarpée qui menait à Morteville. Noémie avait quitté Bordeaux sous la pluie et maintenant de gros flocons tournoyaient devant elle avant de s’écraser sur son pare-brise, aussitôt effacés par les essuie-glace.

Les arbres dénudés semblaient se courber sous le poids du manteau blanc et menaçaient le premier inconscient qui tenterait de pratiquer cette route, en essayant de l’ agripper avec leurs bras décharnés.

Noémie devait faire partie de ces gens qui aimaient la solitude au point de venir la chercher dans les montagnes les plus isolées des Pyrénées et dans un village déserté de surcroît depuis des années. Même le panneau indiquant son nom avait disparu du paysage. Elle défiait quiconque ne le connaissant pas, d’y venir sans problème. Même sur son GPS, il n’était pas indiqué. Comme si Morteville avait été effacé de toutes les cartes suite à un tremblement de terre ou une quelconque catastrophe. Et pourtant, il y en avait eu des séismes non loin de là et le village était resté debout. Mais, pour le commun des mortels, Morteville n’existait pas.

En arrivant, on voyait le fier clocher qui touchait le ciel et qui disparaissait derrière les toits à mesure que l’on avançait sur la route. La cloche sonnait encore toutes les heures et marquait d’un gongue les demies heures. Noémie se souvint quand elle était petite, s’être empêcher de dormir pour pouvoir entendre la cloche d’heure en heure le plus loin possible dans la matinée.

Mais au fil des jours, l’habitude prenait le dessus et on ne faisait plus attention au rappel du temps qui passe.

Mais à Morteville, le temps passait lentement. On y vivait au ralenti. Le paysage était figé, sans doute à cause du froid de l’hiver qui semblait ne jamais vouloir laisser la place au printemps. Cet hiver qui n’en finissait pas et qui cloîtrait le peu d’habitants qui vivaient encore ici dans leurs vieilles demeures de pierres. On apercevait, des fenêtres éclairées çà et là, la moitié des habitations étant vides de leurs âmes, mortes pour la plupart et parties pour les autres.

Il ne restait plus qu’un berger à Morteville. Venant de la bergerie, on entendait ses brebis bêler dans le froid de décembre. Les loups que l’on entendait hurler au loin dans les bois à flancs de montagnes les faisaient trembler. Elles les avaient déjà côtoyés de près l’hiver dernier, quand ils avaient franchi le mur de pierres pour entrer dans la bergerie et en tuer quelques-unes. Elles avaient peur depuis et tremblaient.

Noémie aussi tremblait, non à cause des loups mais il faisait si froid. Jamais elle n’avait ressenti un froid aussi prononcé, même au cœur de l’hiver. Il transperçait son manteau et les diverses couches de pull-over.

Elle se trouvait sur la place du village. Une cabine téléphonique qui ne fonctionnait probablement pas vue son état. Une petit épicerie pas plus grande qu’une salle de bain, un bureau de Poste et un bar- tabac.

Elle avait laissé sa voiture sur la place près de la cabine et se dirigeait à grands pas vers la maison. Elle faisait face à l’église dans une petite rue plus loin. Sinistre ruelle en vérité, vierge de tout pas, Noémie fut la première à fouler le tapis de neige. Elle se faisait légère pour ne pas trop abîmer cette blancheur immaculée mais en vain. Ses bagages l’alourdissaient et au final, ses après-ski s’enfonçaient jusqu’aux chevilles laissant des empreintes d’ogre derrière elle. Elle ne croisa pas un chat durant son parcourt. Le froid retenait les gens chez eux, près du poêle et de la cheminée. Il tardait à Noémie d’en faire autant. Elle avait les doigts gelés malgré les gants de laine qu’elle avait achetés avant de partir. Ils lui avaient pourtant parus chauds et épais mais c’était sans compter sur le froid polaire qui régnait ici. Les nuages gris étaient bas et le vent s’engouffrait dans les ruelles mais les flocons ne tombaient plus. Les tuiles sifflaient et dans ce silence hivernal, on aurait pu croire qu’une meute de loups se préparait à descendre au village pour se ravitailler.

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